• rammillica
    rammillica
    C'est indubitablement du Bony dans le texte... qui a un style très "Hara-Kiri" ... il faut dire que le bonhomme est spécialiste dans le suicide médiatique... qui est un art très particulier... et dont il est un spécialiste de haut vol.

    Oui, Bony exagère (et au bout de la 2ème ligne, tout le monde l'aura compris), il en rajoute beaucoup, avec provocation, grossièreté, délires intestinaux et particulièrement imagés mais il n'empêche qu'il évoque beaucoup de choses qui sont pratiquement "tabous" dans le milieu du jeu de société :

    - la production (pourquoi ne pas tenter de localiser les productions dans l'Hexagone ou au moment en Europe)
    - la surproduction de jeux qui se ressemblent beaucoup et de plus en plus, et qui deviennent plus des produits de consommation courants que de véritable "oeuvres artistiques". Des oeuvres calibrés, qui vont plaire au plus grand nombre, histoire de ne pas prendre de risques et de rentabiliser l'affaire.
    - la passivité du "grand public" qui suivent sans trop se poser de question les prescripteurs (ce qui limite la visibilité d'énormément de jeux)
    - le manque d'originalité et quelque part le fait qu'on réinvente la roue plutôt que d'explorer le champ de création qu'offre le jeu de société (BD dont vous êtes le héros dans Time Stories, ou refaire le coup des dominos dans Kingdomino). Pas des jeux mauvais, loin de là, mais du "déjà-vu"
    - le fantasme "Kickstarter" et du financement participatif qui, pour la majorité des cas, sert à financer des jeux timorés sous licence (Conan, Batman, et bien d'autres) plutôt que des projets vraiment originaux.
    - le côté de plus en plus entrepreneurial du jeu de société, avec la starification de certains auteurs, dont le seul nom suffit à faire vendre des jeux.

    Bony a une approche radicale qui va à l'encontre des canons de notre époque. Il a une approche romantique, artistique du jeu qui est diamétralement opposé à l'approche commercial qui se développe de plus en plus dans le milieu.

    Beaucoup diront que c'est une approche désuète, hors du temps, hors de tout pragmatisme. C'est bien évidemment le cas mais ça fait du bien aussi de voir un rêveur, un idéaliste, qui prend en compte le jeu de société pour ce qu'il est depuis la nuit des temps : le partage d'une expérience, d'un bon moment entre plusieurs personnes, régressif ou intellectuel peu importe. Un moment privilégié qui ne tient pas en compte des problèmes de matériel, de logistique, figurines, prix....

    Après le bonhomme est un (gros) brin provocateur mais on n'arrête pas de nous seriner que le jeu de société est une grande famille et Bony en fait parti. C'est un peu le mixte entre l'ado hippie perché idéaliste qui rêve d'un autre monde et le tonton Roger salace, qui balance de la grosse vanne cradosse à souhait, qui dézingue à tour de rôle tous les membres de la famille, juste histoire de provoquer. Il nous saoûle la plupart du temps et on se dit qu'on vivrait mieux sans lui, mais c'est quand on le perd qu'on se rend compte qu'on l'aimait bien et que maintenant ce n'est plus comme avant.
    rammillica
    rammillica
    Je suis d'accord sur le donneur de leçon qui peut grincer (mais en même temps c'est un style comme celui de Charlie Hebdo et il faut l'accepter).

    Finalement, ce qui pose question dans ce petit conflit finalement, c'est le côté "grande famille" que l'on veut donner au jeu de société alors que ça devient un secteur de plus en plus professionnel. Le tutoiement par exemple (je n'ai pas l'habitude de le pratiquer quand je ne connais pas la personne, c'est étrange...) - et parfois ce mélange vie privée / vie professionnelle qui fait que la barrière est floue.

    Si on considère que le jeu devient professionnel, effectivement la remarque sur l'alcoolisme n'est pas acceptable (même en temps que boutade) car cela peut nuire à la personne mais dans la vision que l'on nous offre (les acteurs du monde ludique se tutoie, s'apprécie tous plutôt bien, le côté business, c'est dérisoire etc etc...) c'est nettement moins grave... car je crois Bony sur le fait qu'il est voulu vous caricaturer sur le côté fêtard (que pas mal de monde ont en soirée ou en privée).

    Après la caricature tranche souvent dans le gras et est outrancière (et parfois tellement que finalement ce n'est pas grave car cela ne correspond pas à la personne directement mais à une sorte d'avatar donc...). Je sais que c'est dur à accepter la caricature mais bon... des "stars" (je mets volontairement des guillemets c'est relatif) émergent, il est normal qu'elle attire ce genre de choses.

    Clairement, pour ma part, de ma petite lorgnette, je pense que le jeu de société a énormément évolué et qu'il est entré dans une nouvelle phase. Le nombre de jeux vendus explose et il faudra s'en tenir à une approche plus professionnel qu'à une approche "on est une grande famille". Donc une communication qui va avec.

    Il y a 6-7 ans (lorsque je me suis vraiment mis à beaucoup jouer), le public était réduit, les interactions plus faciles, les "private joke" partagés n'avaient pas autant d'impacts car dans un cercle plus fermé.

    Cette coexistence entre "la grande famille" et l'approche toujours plus commercial du jeu de société n'est pas possible à mon sens.

    Juste pour terminer, petite digression rapide, mais c'est dans cette conception également que je fais des critiques de jeu où je ne considère pas l'humain qui est derrière la machine, uniquement le produit fini... car le jeu est devenu depuis quelques années, quoi qu'on en dise un produit avant d'être une expérience humaine (c'est sans doute ce qui fait bondir Bony au final).
  • rammillica
    rammillica
    Malgré de nombreuses prises de bec parfois virulentes, et sûrement une incompatibilité d'humeur, je ne peux que saluer le travail effectué pendant 18 ans et l'investissement constant de Mr Phal dans cette entreprise (et de l'ensemble de ses collaborateurs). Je suis admiratif. Si Tric trac ne m'a pas fait découvrir le jeu de société, il a contribué à étoffer et à enrichir ma culture ludique depuis plus de 8 ans comme sans doute des milliers de gens.

    Anticiper son départ de la sorte est une grande preuve de sagesse et d'intelligence - à n'en point douter !!!

    Bon vent (même s'ils sont, à première vue, contraire au mien, quoique ? :D). Il reste deux ans à tirer quand même !!!
  • rammillica
    rammillica
    Jamais je n'aurais pensé qu'un Pearl Games me ferait de l'oeil un jour (comme quoi Otys va peut-être engendrer une faille spatio-temporelle entre moi et son éditeur :D).

    Merci pour la vidéo qui est très clair (comme l'ensemble des vidéos présentées par Sebastien Dujardin). Il ne lui reste plus qu'à faire un jeu sur l'équitation pour exploiter son côté cavalier en festival... :D (j'ai lâché les chevaux pour un comptage de vues en règle...).

    Hâte d'être à la sortie en tout cas...
    rammillica
    rammillica
    ... et pourtant je suis un être assez réceptif d'habitude (sans doute l'humour belge et l'introduction un peu abrupte m'ont laissé de marbre). Mes remerciements et mon soutien n'ont rien de spécial car le jeu est tout simplement bon --- cette remarque montre que le manichéisme et l'ostracisme ont de longues heures devant eux - c'est bien dommage... :D

    Bon courage pour la suite.
  • Vinterland
    Vinterland
    Ca fait plaisir de te re-lire Rammillica!
    rammillica
    rammillica
    Merci beaucoup :D
  • rammillica
    Rammillica  liked this review.
    il y a 10 mois
  • rammillica
    Rammillica  liked this review.
    il y a 10 mois
  • rammillica
    rammillica
    En total désaccord avec cette critique, ce jeu est brillant par son gameplay innovant (un Yspahan totalement revisité) et par sa rejouabilité.

    Il n y a pas tant d'aléatoire que ça si on arrive à bien recruter (les combinaisons entre les personnages sont quasi illimités).

    J'adore l'aspect : 1 action obligatoire + des actions secondaires que l'on retrouve dans Council of Four.

    Simone Luciani et sa bande se hisse au niveau de Feld (ce qui n'est pas peu dire). Des mécaniques extrêmement simples mais d'une richesse inouie. Effectivement, ça ne met pas une claque au niveau du matos mais en terme de mécanique.... pffffiou... que c'est brillant.

    Je remets en lien mon avis détaillé sur le sujet (on est jamais mieux servi que par soi-même :D).

    https://www.epingledujeu.net/single-post/2016/11/05/Grand-Austria-Hotel-Avis
    rammillica
    rammillica
    Je respecte évidemment les ressentis de chacun.

    Je me questionne cependant sur les reproches que l'on peut faire à l'esthétique de Grand Austria Hotel qui colle à 100% à la thématique. On tape toujours sur les jeux allemands sur ce point là mais ici que demande le peuple ?

    Je ne suis pas un spécialiste des illustrations mais par exemple on plussoie devant l'esthétique très Art Nouveau de Bruxelles 1893 (qui il faut bien le dire correspond aussi à 100% au thème) et on remet en question celui de Grand Austria Hotel qui est somme toute ressemblant. C'est assez étrange.

    Après je suis d'accord qu'il faudrait tirer les oreilles de nos amis allemands qui se repose souvent sur le trio : Menzel, Lohausen, Franz - comme nous pouvons aussi nous reposer un peu trop sur le trio Dutrait, Leyssenne, Collette, qui par petite touche font aussi des illustrations "bateau" (je pense notamment à l'utilisation excessive du contraste bleu ciel - orange de V. Dutrait/ Discoveries).

    Bref, une question d'esthétique. Coté innovation mécanique, ce titre surclasse beaucoup de titres (et notamment GWT dont le buzz intergalactique m'étonne encore aujourd'hui, that's life).