L'habit ne fait pas le moine

7,0
Une grosse boite, un grand et beau plateau de jeu, des figurines, un univers steampunk largement développé dans le livret de règles, "Au service de sa majesté" promet une expérience ludique qu'il a du mal à tenir.

En effet, au final, le jeu est une sorte de course à la "Istanbul" où l'on achète des "éthers" et des "artefacts" pour remplir son objectif et mettre fin à la partie. Un système astucieux de roue modifie le prix, nécessitant une planification un peu fine. L'argent est rare et chaque pièce est précieuse.

A ce mécanisme assez classique le jeu ajoute deux éléments.
Le premier est une pioche de cartes actions, relativement faciles à jouer, qui ont des effets assez déséquilibrés et souvent violents.
Le second, l'apparition de personnages secondaires aux effets plus ou moins bénéfiques ; personnages qui peuvent être controlés, moyennant finances, par un joueur. Ce joueur peut donc fortement pénaliser ses adversaires en leur mettant des bâtons dans les roues.
Ces deux mécanismes (cartes et personnages) créent une interaction agressive car on peut voler de l'argent, des éthers ou des artefacts et fortement ralentir des adversaires. La maitrise des personnages est donc un enjeu majeur et une source de concurrence, en particulier à trois et quatre joueurs.

Le jeu n'est pas très long, entre 60 et 90 minutes. Les règles sont assez claires même si la présentation steampunk n'aide pas vraiment et au bout de deux/trois tours tout le monde a compris les actions essentielles (déplacement/achat/vente/cartes). Le jeu est techniquement jouable dès 10 ans mais attention car il peut être agressif et le king making, plus ou moins volontaire est possible (on choisit qui on attaque avec ses cartes).

Le gros problème du jeu est à mon avis le décalage entre la partie gestion "à la Istanbul" et la violence des effets des cartes.
A Istanbul, imaginez que deux joueurs aient, vers la fin de partie, 4 rubis (il en faut cinq pour gagner) et que l'un des deux sorte la carte "volez un rubis à un adversaire", mettant ainsi fin à la partie. Il y aura sans doute une certaine frustration du joueur volé qui n'aura peut-être pioché que des cartes "gagnez deux pièces", utiles mais moins décisives.

Alors si vous aimez les jeux où les cartes créent un joyeux chaos, "Au service de sa majesté" est peut-être pour vous. Sachant que si à quatre joueurs les déséquilibres peuvent se lisser car il faut attaquer tout le monde, à deux joueurs de même niveau c'est a priori celui qui aura pioché les cartes les plus puissantes qui devrait l'emporter.

Au final on a un jeu étrange qui doit être plutôt pris comme un gros jeu d'ambiance, un peu long, sauf à vouloir jouer sans les cartes et on se retrouve alors avec un sous "Istanbul".

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