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By : Tiberias | Wednesday, January 22, 2020 at 11:48 AM
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Tiberias
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Salut TricTrac,

J'ouvre ce sujet car j'ai l'impression que l'on parle de plus en plus de traduction sur TT. Parfois pour s'en plaindre, parfois (plus rarement) pour la saluer, souvent pour la commenter. Le sujet n'est pas neuf, je me souviens de discussions animées lorsque certains jeux n'étaient même pas traduits et qu'il fallait se débrouiller pour les récupérer, mais il revient régulièrement sur le tapis. 

Comme je l'ai dit dans un autre sujet, je suis moi-même traducteur spécialisé dans le jeu, ce qui est un profil relativement rare, mais pas forcément recherché, par souci d'économie. Je remets ici ce que j'ai écrit dans le sujet sur Unfair :
 

Tiberias dit :
Désolé d'entretenir le HS, mais : je suis traducteur à mon compte, spécialisé dans le jeu de société, et en effet je te confirme que tous les auteurs ou éditeurs n'abordent pas la problématique de la traduction de la même façon.

Pour autant j'ai le sentiment que de plus en plus d'auteurs ou d'éditeurs comprennent l'importance de la traduction. Enfin, disons plutôt qu'ils comprennent qu'une mauvaise traduction peut proprement ruiner un jeu ; il faut aussi prendre en compte le fait que tout le monde ne se balade pas sur les forums spécialisés à la recherche de correctifs ou de précisions. Du coup, je rencontre de plus en plus d'éditeurs (ou d'auteurs) qui y apportent un soin particulier. 

En conséquence j'ai développé des partenariats avec plusieurs éditeurs qui me font confiance et qui semblent satisfaits du boulot. Mais j'ai aussi rencontré beaucoup d'éditeurs qui me disent ne pas avoir besoin de traducteur parce que tout est géré en interne, ou qui font appel à des passionnés, trop heureux de rendre service contre une boîte du jeu traduit. Ainsi tout le monde est content : le jeu est traduit, le passionné a sa boîte "gratuitement", et l'éditeur n'a rien à payer. 

Sauf que ... !
Il y a certes des passionnés qui font un boulot formidable : après tout traduire un jeu de société ne demande pas nécessairement d'être traducteur assermenté ; il faut être efficace, cohérent, méthodique, maîtriser parfaitement l'anglais (l'allemand) et le français, et surtout être joueur. Certains passionnés seront meilleurs qu'un traducteur non spécialisé, précisément parce qu'ils ont de l'expérience en tant que joueur et qu'ils sauront "sentir" le jeu. Les bonnes volontés ne manquent pas dans le monde du jeu après tout, et on trouve régulièrement des gens qui vont se dépasser pour proposer une traduction d'un jeu qui leur tient à cœur et qu'aucun éditeur ne propose. 

Mais il y a aussi des passionnés qui malgré toute la bonne volonté du monde ne sont pas capables de fournir une traduction satisfaisante et laisseront passer des approximations, des erreurs, des maladresses... et c'est là que le bât blesse justement. Et la peine est double car un éditeur ne peut pas vraiment se retourner contre un passionné qui a voulu rendre service mais l'a fait maladroitement. 

A contrario (pas le jeu, l'expression) un professionnel spécialisé maîtrise normalement à la fois la méthode, le bagage technique, et le "sens" du jeu justement. Alors oui il sera plus cher – mais c'est le prix de la tranquillité. Passer par un passionné, c'est un peu lancer une pièce : ça peut être un bon plan si la personne est douée, et dans ce cas c'est tout bénéf ; mais ça peut aussi être une catastrophe qui coûte au final plus cher que l'économie que l'on voulait faire (correctifs, reprints, temps perdu à corriger, image de marque, etc.). Notez que c'est vrai aussi pour la relecture qui est un peu le parent pauvre de la traduction, qui arrive en toute fin de projet quand les délais sont serrés, et qui passe bien souvent à la trappe.

Enfin il arrive à tout le monde de faire des erreurs, passionnés comme professionnels ; la différence c'est qu'une erreur "professionnelle" pardonne beaucoup moins (et c'est la raison pour laquelle je m'efforce d'être extrêmement vigilant dans mon travail – si on paie pour un service, il doit être nickel). 

Pour terminer il faut signaler aussi que le jeu de société est un secteur qui s'est énormément professionalisé ; il n'est que légitime qu'un joueur qui paye une boîte 50€ attende une traduction irréprochable. Dans le temps, tu récupérais ton Caylus à vil prix, tu récupérais la traduction comme tu pouvais, c'était un peu le système D... mais je crois que cette période est terminée et que la traduction va de plus en plus se professionnaliser, peut-être un peu plus tardivement que le reste.

Car oui cela reste un métier à part entière, comme l'illustration ou la maquette : on conçoit difficilement qu'un éditeur illustre un jeu sans passer par un illustrateur... pourtant on conçoit qu'il le traduise sans passer par un traducteur. Avec parfois, le résultat que l'on connaît.

(désolé du pavé, c'est un sujet qui me tient à cœur !)

Du coup la question que je me pose c'est : est-ce que les joueurs sont vraiment prêts à "payer" pour une traduction ?

Parce que soyons clair : le milieu du jeu a longtemps été à la débrouille, et quelques fautes ça et là faisaient partie du folklore. Mais aujourd'hui, quand on voit le nombre de sujets qui remontent, encouragé par cet outil de communication qu'est internet, est-ce qu'on n'assiste pas à l'expression d'un public plus exigeant ?

Ce qui me semble paradoxal c'est que de manière générale, les jeux (et à plus forte raison, les KS) sont déjà jugés chers. C'est précisément un prix élevé qui fera dire aux joueurs "quoi, j'ai payé tout ça et la traduction est bâclée". Or nombre de ces jeux n'ont – justement – pas été traduits par un professionnel et donc techniquement la traduction n'est pas une charge que vous supportez en achetant le jeu. Pour le dire autrement, quand vous payez un jeu "cher", vous ne payez pas la traduction dans la plupart des cas. Seriez-vous prêt à mettre 2€ de plus pour vous assurer d'une traduction pro ?

Comme j'ai dit plus haut il y a heureusement des éditeurs qui ont compris l'intérêt d'une traduction propre et font travailler des professionnels, sans pour autant en refléter le coût dans le prix final. Je pense que pour un éditeur, toute la difficulté est de s'y retrouver financièrement, surtout quand le marché est déjà saturé de joueurs passionnés trop heureux de faire le boulot pour trois fois rien. 

Encore une fois mon propos n'est pas ici de dénigrer ces passionnés car comme je l'ai déjà dit certains travaillent déjà très bien (certains mieux qu'un professionnel non spécialisé). Mais comment demander à un passionné, qui ne bénéficie pas de 8h par jour parce qu'il a déjà son boulot de base, d'être bien vigilant sur chaque mot, de relire attentivement une règle pour la cinquième fois, de vérifier carte à carte que tout est correct, sans ajout, ni oubli, ni erreur ? Le tout dans des délais souvent serrés, à rendre pour hier ? Comment s'étonner ensuite qu'une ou des erreurs n'aient pas été détectées ? 

Une dernière chose d'ordre plus personnel : j'envisage de faire un blog sur TT (ou à défaut, un sujet, qui fera l'affaire) pour parler de traduction de jeux appliquée à des cas concrets, une fois un jeu sorti (parce que je suis tenu au secret quand je bosse sur un jeu, histoire de ne pas ruiner la comm de l'éditeur derrière). Une sorte de "cahiers de traduction" où je compare VO et VF et commente mes choix et explique les difficultés rencontrées (place dispo, vocabulaire contraint, etc.). Par exemple là y a Empires du Nord qui sort, un jeu passionnant à traduire avec plein de petites difficultés. Mais je ne sais pas si ça intéressera du monde ici, parce qu'on a vite fait de tomber dans des discussions de linguistes dont tout le monde se fout. Qu'en pensez-vous ?

Merci de votre attention et à bientôt.




 
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Pit0780
Pit0780
Comme tu l'as dis dès le début, la traduction, c'est un métier.
On peut également être parfaitement bilingue, ce n'est pas pour autant qu'on est traducteur.
Il y a de la recherche, de la compréhension du jeu, du milieu, des termes utilisés, etc...

Perso, je serai prêt à mettre 2€ de plus pour un jeu traduit professionnellement. Par contre, c'est sûr, ça implique un sans faute de la part du traducteur. Car là, actuellement, très très très très peu des jeux que je possède comportent des erreurs de traduction, et beaucoup sont, je pense, traduits "non professionnellement". Il y a quand même une certaine qualité de ces traductions malgré tout.

Mais si ça peut permettre 100% d'efficacité et de justesse, j'en suis :)
Je pense surtout à tous ceux qui achètent des jeux sans forcément être des accros à TT ou à BGG. 
Mais celui qui achète un jeu, comportant une erreur de traduction dans les règles, ou juste une coquille, s'il ne sait pas demander sur l'internet multimédia mondial, il est cuit.


Ca me fait penser également, sur je ne sais plus quel jeu KS, leur dernière news expliquait que la règle était partie chez une société qui était chargée d'écrire / mettre en page / illustrer les règles du jeu. Pareil : c'est devenu un métier à part entière, et je trouve ça très bien. 

Chacun ses compétences, chacun son expérience.
Chacun son métier.

Comme dans toute industrie qui se développe, des métiers font leur apparition, et tout devient segmenté. L'illustrateur, l'auteur, les testeurs, le graphiste, le traducteur, le rédacteur... sans compter le chef de projet, le chargé com', etc...

Tout ça a un coût, certainement, mais je pense aussi que ça peut fluidifier tout le processus de la conception du jeu.
Faudrait avoir des retours d'éditeurs là dessus :)
Kristovm
Kristovm
Merci pour le pavé de lecture ;)   très intéressant.





A titre personnel je consomme peu de jeux, je suis plutôt exigeant sur mes choix, mes critères et suis de plus en plus attentif à la traduction, ses erreurs, ses errements.... cela entre dorénavant dans mes choix, et,  suis de + en + méfiants sur certains éditeurs et - ou boites de trads qui ont eu problèmeS sur des localisations, tout en prêtant plus attention à d'autres qui font les choses très bien.  

Est ce que je suis prêt à payer un peu (2,3,5 Euros) un jeu avec une traduction professionnelle et rémunérée en tant que tel.    Oui.
el payo
el payo
Tiberias dit :Une dernière chose d'ordre plus personnel : j'envisage de faire un blog sur TT (ou à défaut, un sujet, qui fera l'affaire) pour parler de traduction de jeux appliquée à des cas concrets, une fois un jeu sorti (parce que je suis tenu au secret quand je bosse sur un jeu, histoire de ne pas ruiner la comm de l'éditeur derrière). Une sorte de "cahiers de traduction" où je compare VO et VF et commente mes choix et explique les difficultés rencontrées (place dispo, vocabulaire contraint, etc.). Par exemple là y a Empires du Nord qui sort, un jeu passionnant à traduire avec plein de petites difficultés. Mais je ne sais pas si ça intéressera du monde ici, parce qu'on a vite fait de tomber dans des discussions de linguistes dont tout le monde se fout. Qu'en pensez-vous ?

Ce genre de travail est passionnant je trouve quand il s'agit de littérature.
Certains traducteurs le font, il y a un festival de traducteurs littéraires pas loin de chez moi, et j'ai déjà vu un extrait d'une réunion de traducteurs dans un reportage sur un écrivain étranger.
Je trouve tout ça passionnant.

La question est de savoir si ce sera autant intéressant pour le langage très technique des règles de jeu.
Montre-nous, on te dira !

Chakado
Chakado
Voilà, un message qui tombe bien, le sujet me passionne également, depuis qu'au lycée j'ai traduit les premiers chapitres de Harry Potter et l'ordre du phénix, pour les distribuer sous le manteau à mes amis, avant la sortie en VF. 
De manière générale, les problématiques de traduction sont super intéressantes, je trouve, y compris dans les domaines du livre / films / séries etc.
Voir par exemple ce documentaire passionnant sur Youtube, sur l'adaptation audiovisuelle, qui ne parle pas uniquement de doublage mais bien de pure technique de traduction.
https://youtu.be/ZcrS8pZsNKA

Bref, je suis preneur de tout article sur le sujet de la traduction dans les JdS, même (et surtout) si c'est technique et que ça rentre bien dans le détail.

Je fais partie de ceux qui trouveraient normal de payer un peu plus cher la VF que la VO.

A ce sujet, petite question : tu dis que tu fais des traductions de l'anglais.
A ta connaissance, est-ce que toutes les traductions vers la VF se font à partir d'une source anglaise, ou est-ce qu'il arrive (j'espère) qu'on utilise la véritable langue source du jeu ? Je pense à l'allemand, bien sûr, mais aussi à des langues plus exotiques comme le japonais (Oink Games), le tchèque (CGE), le polonais (Portal...)
Cela me semble toujours risqué de passer par une langue intermédiaire comme l'anglais pour traduire ces titres.
Tiberias
Tiberias
Le master est très souvent en anglais.

Même pour les locs allemandes (je parle allemand aussi) mon fichier-source est très souvent en anglais. La raison est très simple : il y a un unique fichier de référence pour toutes les localisations, compréhensible par le plus grand nombre. 
Pour Nemesis par exemple tous les traducteurs ont bossé de l'anglais, même si le jeu n'est pas de langue anglaise à la base.

Portal fournit des masters en anglais également. 
Pour CGE et Oink Games je ne sais pas, mais je suis convaincu que c'est pareil. 
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minimaliste
minimaliste
2€/ jeu pour la traduction ?
L'auteur touche en moyenne 3,5% du prix d'1 jeu, soit 1€/boîte à 30€.
 
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Tiberias
Tiberias
C'était plus une question de principe que de chiffres, je n'ai fait aucun calcul !
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Chakado
Chakado
De toute façon, je pense que le traducteur est payé au nombre de signes, et non en fonction du nombre de boîte de jeux tirées, non ?
Trulk
Trulk
Ce qui me chagrine un peu, c'est que ce secteur, en plein développement, trouve encore le moyen "d'utiliser" des traducteurs passionnés qui auront pour seule compensation de leur travail quelques goodies ou un exemplaire du jeu.

Je ne dénigre en aucun cas la qualité de leur travail qui souvent et d'aussi bonne qualité qu'un professionnel. Ce qui me dérange, c'est que l'on trouve normal de payer un illustrateur ou un graphiste mais pas un traducteur.
Et encore, étant moi-même graphiste indépendant, je peux vous dire que payer un graphiste, parfois, cela parait étrange pour certains.
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Tiberias
Tiberias
C'est aussi mon propos en effet, pour beaucoup ce n'est même pas un métier en fait.
C'est tout au plus une compétence. Quelque chose que tu fais à côté parce que tu parles deux ou trois langues, en bonus.
Encore une fois, heureusement ça change petit à petit.
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Tasslehoff157
Tasslehoff157
Tiberias dit :C'est aussi mon propos en effet, pour beaucoup ce n'est même pas un métier en fait.
C'est tout au plus une compétence. Quelque chose que tu fais à côté parce que tu parles deux ou trois langues, en bonus.
Encore une fois, heureusement ça change petit à petit.

Le truc, c'est qu'a la base, le 1er métier de ce secteur à savoir "auteur de jeu" n'est pas considéré comme un métier, ou du moins, n'est pas rémunéré à sa juste valeur. Du coup, derrière, difficile de considérer les autres intervenants qui sont pas directement sous l'étiquette de l'éditeur, mieux que cet acteur principal.

Il n'y a pas d'alternative gratuite à l'illustrateur (et en plus, c'est la 1er porte d'entré vers le jeu), donc lui à le droit à sa considération, mais le traducteur, c'est un peu plus dur de lui consacrer de la valeur.

Si cette situation évolue de nos jours, je pense que c'est en grande partie parceque maintenant un éditeur fait de moins en moins les versions étrangère lui même mais travail en partenariat avec des éditeurs étranger qui s'occupe de la localisation. Du coup, ce 2eme éditeur qui ne fait "que" localiser a moins de travail d'édition proprement dit et peut donc consacrer plus de temps et d'argent à la traduction (et donc passer par un pro).

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Antoinette
Antoinette
C'est un sujet que je trouve personnellement passionnant. Béh oui étant dans le domaine des langues, forcément ! 

Je ne peux que soutenir le fait que "traducteur" est un métier à part entière, le passage de la langue source à la langue cible n'est pas un simple calque.

J'aime bien ta vision de la traduction dans le monde ludique. P
ersonnellement je regrette simplement le manque de relecture qui font tout de même que certaines erreurs deviennent grossières et presque incompréhensibles !
bdrieu
bdrieu
Tasslehoff157 dit :Il n'y a pas d'alternative gratuite à l'illustrateur (et en plus, c'est la 1er porte d'entré vers le jeu), donc lui à le droit à sa considération
Oh, hélas si !  On ne compte plus le nombre d'anecdotes d'illustrateurs sous ou non payés, « mais ça te fera de la pub ».  Alors certes, la concurrence du jeu de société est rude de nos jours et il faut se démarquer, on met souvent le paquet sur les illustrations, c'est peut-être moins vrai maintenant.

Quand au traducteur passionné qui bosse pour la gloire, c'est hélas une n-ième incarnation de l'überisation de la société actuelle.
Pikaraph
Pikaraph
Notons que ne pas payer un traducteur/illustrateur/animateur/whatever te retire tout droit de te plaindre en cas de travail mal fait ou à revoir.

D'où l'intérêt de payer les gens, chacun prend une responsabilité et le travail est pris en considération du fait qu'il a un coût réel.
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Femto
Femto
Pikaraph dit :Notons que ne pas payer un traducteur/illustrateur/animateur/whatever te retire tout droit de te plaindre en cas de travail mal fait ou à revoir.

D'où l'intérêt de payer les gens, chacun prend une responsabilité et le travail est pris en considération du fait qu'il a un coût réel.

L'exposition et la passion ne suffisent donc pas 🤔 ?

Je suis déjà loin 
 

Tasslehoff157
Tasslehoff157
bdrieu dit :
Tasslehoff157 dit :Il n'y a pas d'alternative gratuite à l'illustrateur (et en plus, c'est la 1er porte d'entré vers le jeu), donc lui à le droit à sa considération
Oh, hélas si !  On ne compte plus le nombre d'anecdotes d'illustrateurs sous ou non payés, « mais ça te fera de la pub ».  Alors certes, la concurrence du jeu de société est rude de nos jours et il faut se démarquer, on met souvent le paquet sur les illustrations, c'est peut-être moins vrai maintenant.

Quand au traducteur passionné qui bosse pour la gloire, c'est hélas une n-ième incarnation de l'überisation de la société actuelle.

Sous payé c'est sans doute encore possible, mais pour la gloire, je doute qu'un éditeur déjà installé en soit encore là. Peut être pour un éditeur qui débute, mais en même temps lui aussi est sans doute dans ce même cas de travailler pour la gloire.

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Sylvano
Sylvano
Je suis aussi traducteur pro (dans le jeu et dans l'audiovisuel) et j'ai déjà abordé la question il y a quelque temps et de façon générale ou plus spécifique, dans plusieurs fils, que je redonne ici, si ça intéresse des gens :
ici
ou là (sujet général)
 
Tiberias
Tiberias
Ha, merci Sylvano, je me souviens de ces posts mais je ne les avais pas retrouvés.
(et je me souvenais aussi que c'était ton taf, justement)
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Sylvano
Sylvano
On est quelques-uns de la même espèce à traîner par ici...
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Sylvano
Sylvano
Pit0780 dit :
Perso, je serai prêt à mettre 2€ de plus pour un jeu traduit professionnellement.

Alors, déjà, on va tordre le cou à une idée reçue : une traduction pro, c'est pas aussi cher qu'on peut le penser. Pour un jeu contenant un volume de texte moyen, c'est quelques centaines d'euros. Donc avant de payer 2 euros de plus par boîte pour couvrir les frais de traduction dans une langue donnée, ça voudrait dire qu'on parle d'un jeu tiré à très très peu d'exemplaires... Quel que soit le tirage, le coût de la traduction est évidemment fixe.

Tiberias
Tiberias
J'en ai parlé plus haut, c'était maladroit de ma part de mettre de 2€ j'ai indiqué ce chiffre sans faire le moindre calcul. 
Et oui, naturellement la traduction a un coût fixe.
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madcollector
madcollector
Sylvano dit :On est quelques-uns de la même espèce à traîner par ici...

Sans compter les "conjoints de"... ;)

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Antoinette
Antoinette
Chakado dit :
Voir par exemple ce documentaire passionnant sur Youtube, sur l'adaptation audiovisuelle, qui ne parle pas uniquement de doublage mais bien de pure technique de traduction.
https://youtu.be/ZcrS8pZsNKA

 

Ouh qu'elle est intéressante cette vidéo ! 
 

jmguiche
jmguiche
Il est difficile de juger d’une traduction sans connaître le texte source.

Mais personnellement je trouve qu’il y a une qualité globale très moyenne de la rédaction des règles de jeux. Nous avons parfois des règles qui frisent le charabia alors qu’une expression claire est possible.

Certains éditeurs ne me semblent pas considérer la qualité de la regle come un sujet important et ne mettent visiblement pas la pression à l’auteur et / ou au traducteur et certain auteurs devraient sérieusement se relire (certaines erreurs ne pouvant pas être « de traduction »).

D’autres éditeurs font un travail superbe en forçant une forme standard et une clarté exemplaire. Je pense principalement à Days of Wonder.

Et pour moi, le travail « d’édition littéraire » doit s’appliquer à la regle de jeu, avec relecture et correction voire reformulation et il en est de même de la traduction.
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prunelles
prunelles
Pour moi ce n'est pas l'auteur qui doit être tenu pour responsable de la règle finale, c'est l'éditeur. L'auteur son métier c'est de créer et équilibrer, etc. Écrire une règle c'est une compétance particulière que l'auteur peut avoir, ou pas. Surtout que sa langue maternelle n'est pas forcément celle de l'éditeur qui va éditer le jeu et donc pas forcément celle de la VO du jeu. Un auteur peut créer un jeu génial et être dyslexique/disorthographique, etc.
minimaliste
minimaliste
Traduction dans une langue courante (anglais, espagnol...)  0,08€/signe.
Même pour une règle qui ferait 10  000 signes, ça ferait 800€.
C'est dérisoire.

Actuellement le poste le plus élevé c'est la vente, 40%.
Sans parler du marketing et de la distribution (le rôle de distributeur comme Asmodée, Iello....)
Bref, vendre le jeu, c'est de l'ordre de la moitié du prix.

La production en Chine, on ne parle pas des conditions des ouvrières...
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loïc
loïc
0.08€ pour de la trad technique, c'est vraiment pas cher. Je pense n'avoir jamais travaillé pour ce tarif (après, ça date, faudrait que je vérifie).
Mais si on prend 800€ (10.000 signes, c'est déjà de la belle règle), pour un tirage à 3000 exemplaires, ça fait un peu moins de 0.30c par boite. Entre le prix de fab et le prix de vente public, le coef est d'environ x7. Donc on arrive bien sur un peix de vente public plus élevé de 2€. Après, ça passe, je pense que cette augmentation est tout à fait acceptable, surtout que pour un succès, il n'y a pas besoin de repayer, donc, si le jeu se vend à 10.000 exemplaires, le coût est sacrément amorti (mais je pense que ça se passe très bien pour la plupart des éditeurs établis).
Mais il y a aussi la problématique de l'auteur, souvent sous-payé aussi, donc, ces parties-là sont très souvent oubliés dans la rémunération finale.
Mais oui, pour la traduction, se passer de ça par rapport au résultat obtenu, ça parait idiot
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Morgal
Morgal
prunelles dit :Pour moi ce n'est pas l'auteur qui doit être tenu pour responsable de la règle finale, c'est l'éditeur. L'auteur son métier c'est de créer et équilibrer, etc. Écrire une règle c'est une compétance particulière que l'auteur peut avoir, ou pas. Surtout que sa langue maternelle n'est pas forcément celle de l'éditeur qui va éditer le jeu et donc pas forcément celle de la VO du jeu. Un auteur peut créer un jeu génial et être dyslexique/disorthographique, etc.

Assez d'accord sur la responsabilité de l'éditeur pour la traduction.
Cela dit, c'est aussi partagé sur l'équilibrage. Un éditeur doit vérifier et potentiellement ajuster l'équilibrage (d'un point de vue mathématiques, ajouter ou retirer un point par ci par là). Notamment pour un éditeur qui a de l'expérience. Être auteur de jeux n'est pas forcément synonyme de matheux, alors qu'un éditeur peut embaucher des gens qui ont ces capacités.

minimaliste
minimaliste
Et les bénévoles d'associations pour présenter les jeux dans les salons? 
Certains en ont relaté l'expérience, avec des personnes qui présentent le jeu, sans le connaître bien.

Et le statut d'auteur qui n'existe pas.
Quelques millionnaires parmi les auteurs et les autres galèrent, financièrement et juridiquement.

Les ouvrières chinoises qui travaillent dans des conditions indignes. Un syndicat chinois a réussi à faire une enquête le montrant.

​​​​​​Bienvenue dans le monde du jeu.
 
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Pikaraph
Pikaraph
jmguiche dit :Il est difficile de juger d’une traduction sans connaître le texte source.

Mais personnellement je trouve qu’il y a une qualité globale très moyenne de la rédaction des règles de jeux. Nous avons parfois des règles qui frisent le charabia alors qu’une expression claire est possible.

Certains éditeurs ne me semblent pas considérer la qualité de la regle come un sujet important et ne mettent visiblement pas la pression à l’auteur et / ou au traducteur et certain auteurs devraient sérieusement se relire (certaines erreurs ne pouvant pas être « de traduction »).

L'auteur ne doit surtout pas rédiger la règle finale, pour plein de raisons : généralement ce n'est pas son métier, ensuite, il connaît son jeu par coeur et ne va pas forcément ordonner les idées dans le bon ordre pour une approche de rédaction de corpus de règles, il va probablement éluder certains points qui sont certains cas particuliers, etc. Il vaut mieux qu'un rédacteur chevronné reprenne la chose avec l'auteur qui donne ses "rules as intended" de façon à ce que ce soit couché sur papier correctement pour produire une règle complète et claire.

Une règle est une doc technique, pas de la littérature, il faut donc être très précis sur les termes, garder une nomenclature stricte et ne pas se laisser aller au "ben ils comprendront bien même si c'est pas écrit".
Pour moi, une règle de jeu est un algorithme qu'on déroule, il faut donc tout indiquer au bon endroit et uniquement au bon endroit.

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Sylvano
Sylvano
loïc dit :0.08€ pour de la trad technique, c'est vraiment pas cher. Je pense n'avoir jamais travaillé pour ce tarif (après, ça date, faudrait que je vérifie).
Mais si on prend 800€ (10.000 signes, c'est déjà de la belle règle), pour un tirage à 3000 exemplaires, ça fait un peu moins de 0.30c par boite. Entre le prix de fab et le prix de vente public, le coef est d'environ x7. Donc on arrive bien sur un peix de vente public plus élevé de 2€.

La question est : la trad d'une règle de jeu est-elle à 100% une traduction technique ? Eh ben, ça dépend du jeu, honnêtement. Il y a très souvent du fluf et du texte narratif/d'ambiance/thématique. Plus ou moins, certes, mais ça se milite rarement à une suite de consignes strictement techniques. C'est bien ce qui peut faire que traduire une règle est probablement un des exercices de traduction parmi les plus délicats. Il te faut une précision absolue, comprendre parfaitement le fonctionnement du jeu que tu traduis pour faire les bons choix (et savoir, le cas échéant, reformuler ou expliciter pour éclaircir des points), mais aussi avoir un fibre littéraire et un peu de culture générale pour le reste.
Par ailleurs, ton exemple, tu le soulignes toi-même, est assez extrême. Le jeu moyen est souvent en-dessous de ce calibre et un tirage de 3000 boîtes, ce n'est pas non plus énorme. Donc pour moi le prix d'amortissement de la trad est en général bien moindre, à mon avis.